Parti communiste du
Népal (maoïste)
Communiqué
Notre Parti a décidé de s’engager dans le processus
des négociations de paix avec le vieil État et d’observer le cessez-le-feu afin
de répondre à la volonté populaire d’en arriver à une solution politique
pacifique et en tenant compte du rapport de force existant dans le cadre de la
guerre civile. Nous avons proclamé le cessez-le-feu avec tout le sérieux et
l’enthousiasme nécessaires, en espérant naturellement que le vieux régime
allait en faire autant. Mais l’Armée royale a tout de suite commencé à violer
le code de conduite qui avait été établi et ce, en dépit du fait que notre
Armée populaire de libération ait scrupuleusement respecté la lettre et
l’esprit du cessez-le-feu. L’Armée royale a non seulement provoqué de plus en
plus d’accrochages et d’incidents, mais elle n’a cessé de harceler nos
combattantes et combattants, allant même jusqu’à assassiner brutalement des
cadres politiques non-armés, comme cela s’est produit à Darchula, Makawanpur,
Bhojpur et à d’autres endroits – sans parler de l’assaut mené contre un
contingent de l’Armée populaire de libération à Kanchanpur. Ces actes ont
sévèrement entaché la volonté et l’enthousiasme de notre Parti et des masses
populaires qui souhaitaient avec enthousiasme une solution politique pacifique.
Néanmoins, et considérant la responsabilité qui est la
sienne face au peuple et au pays tout entier, le Parti n’a pas laissé ces actes
empoisonner l’atmosphère des pourparlers. Après un certain temps, une première
ronde de pourparlers formels a enfin eu lieu, lors de laquelle notre Parti a
présenté ses revendications politiques minimales. Dans le but de renforcer le
cessez-le-feu, un accord a ensuite été obtenu qui prévoyait que l’Armée royale
devait rester cantonnée à l’intérieur d’un périmètre de cinq kilomètres autour
de ses différents quartiers. Mais l’Armée royale a rejeté cet accord qui avait
pourtant été convenu lors de la deuxième ronde de pourparlers, et elle a
ouvertement fait pression sur le gouvernement, qui allait par la suite renier
son propre engagement. Partant de là, c’est tout le processus de négociation et
l’espoir d’une solution politique pacifiques qui se voyaient remis en question.
Après une autre période d’attente assez longue pendant laquelle il y a eu des
échanges de lettres avec la nouvelle équipe de négociations du vieux régime et
où celui-ci s’est engagé à maintenir la discipline au sein de l’Armée royale et
a effectivement libéré quelques-uns de nos dirigeants, notre Parti a autorisé
son équipe de négociateurs à se présenter à la troisième ronde de pourparlers.
Le document d’orientation que le gouvernement a alors
présenté non seulement ne s’adressait aucunement aux problèmes fondamentaux
auxquels le pays fait face, mais il visait au contraire à renforcer la
régression féodale qui s’est exprimée le 4 octobre 2002 [date à laquelle
le roi a destitué le Premier ministre et dissout le Parlement]. Ce document ne
répondait pas même aux revendications des partis parlementaires qui croient toujours
à la monarchie constitutionnelle et à la démocratie multipartite. De plus, le
gouvernement a objectivement retiré toute pertinence à la poursuite des
pourparlers de paix dès lors où il a exigé qu’on rende les armes. Notre équipe
de négociateurs a bien sûr rejeté totalement cette demande inacceptable et
établi clairement qu’une quatrième ronde de pourparlers ne pourrait avoir lieu
qu’à la condition que le vieil État y présente une nouvelle proposition
prévoyant enfin la convocation d’une assemblée constituante. Au moment même où
les discussions se déroulaient à cette troisième ronde de pourparlers, l’Armée
royale procédait au massacre de 17 cadres politiques non-armés de notre
Parti qui participaient à une réunion d’un comité de district et de deux civils
à Doramba, dans le district de Ramechhap, qui ont été assassinés un après
l’autre après avoir été capturés et ligotés. Le document d’orientation
inacceptable présenté à la troisième ronde de pourparlers ainsi que le massacre
commis par l’Armée royale à Doramba constituent les deux principales raisons
pour lesquelles le cessez-le-feu a été rompu. Il est désormais immoral et
stupide de la part du vieux régime de verser des larmes de crocodile et
d’affirmer qu’il est encore favorable à la tenue de négociations de paix.
Tout le monde sait que notre Parti est un parti
révolutionnaire qui lutte pour établir une République populaire. Nous avons
accepté de reporter cette exigence à plus tard et nous sommes présentés à la
table de négociation afin de répondre à la volonté populaire en faveur de la
paix et en tenant compte de la menace qui place sur la souveraineté nationale
du Népal, en y soumettant uniquement la revendication d’une assemblée
constituante. Une telle assemblée n’a rien d’une revendication communiste
révolutionnaire. Il n’y a aucune raison de s’y opposer, pour quiconque se dit
favorable à la souveraineté populaire. Le fait qu’il s’y oppose et ne veuille
apporter aucun changement à l’actuelle constitution prouve que le vieil État ne
fait aucunement confiance à la population. Notre position en faveur d’une
assemblée constituante vise à établir le droit souverain du peuple à choisir et
à déterminer son propre système politique, inconditionnellement. Dans la
situation actuelle, alors que trois grandes forces s’affrontent pour le pouvoir
et que cette situation pose un grave danger pour notre indépendance nationale,
aucune mesure ne peut être plus favorable à l’intérêt du pays que d’accorder au
peuple le droit absolu de décider de son avenir. Paradoxalement, certains vont
préférer voir le pays s’effondrer en ruines plutôt que de laisser le peuple
exercer sa souveraineté à travers l’élection d’une assemblée constituante. Le
vieil État est prêt à s’écraser devant les puissances étrangères et à lui-même
se noyer dans le sang du peuple ; mais il n’est pas prêt à accepter la
souveraineté populaire.
Dans ce contexte, il est clair qu’il n’y a pas d’autre
alternative pour le peuple népalais que de résister à la trahison et aux
activités autocratiques et anti-populaires du vieil État, et de lutter pour
l’indépendance nationale et le droit à la souveraineté. Étant donné que le
vieil État a mis fin à la possibilité de trouver une solution au moyen du
dialogue et du cessez-le-feu, notre Parti déclare clairement que pour
l’instant, les raisons qui avaient justifié et permis le cessez-le-feu,
l’élaboration du code de conduite et le processus de négociation ne tiennent
plus. Nous tenons à remercier les médiateurs, les partis politiques, les
organisations humanitaires, les intellectuels, les masses populaires et tous
nos amis à l’étranger qui ont souhaité résoudre les problèmes pacifiquement, et
réaffirme son engagement à poursuivre une interaction régulière avec toutes les
personnes de bonne volonté qui souhaitent renforcer leurs relations avec nous.
Nous ne fermons d’ailleurs pas la porte à d’autres pourparlers éventuels. Nous
pourrions nous asseoir de nouveau à la table de négociation, à la stricte
condition que le droit du peuple à la souveraineté de même que son bien-être
fondamental y soient garantis et respectés. Notre Parti en appelle humblement à
toutes les forces populaires à l’intérieur et à l’extérieur du pays à aider à
créer un tel environnement et une telle situation.
Le 27 août 2003
(signé par) Prachanda
Président
Comité central
PCN (maoïste)