Qu’arrivera-t-il lorsque la guerre populaire sera
terminée ?
Au nom du Front révolutionnaire anti-impérialiste du
Népal, nous allons ici tenter d’expliquer quels sont les plans du Parti pour la
période qui suivra la fin de la guerre populaire.
La première question à laquelle nous allons tenter de
répondre est la suivante : que fera le PCN(maoïste) après que le vieil
État représentant la monarchie féodale soutenue par l’impérialisme et l’État
indien aura été renversé par la révolution ?
Le programme du Parti pour la révolution de démocratie
nouvelle – qui représente une première étape dans le cadre d’un processus
révolutionnaire ininterrompu vers la révolution socialiste – a été expliqué en
détails dans le numéro du magazine The
Worker (disponible sur le Web à l’adresse suivante :
http://www.cpnm.org/worker/issue8/urpc.htm).
L’objectif principal à cette étape initiale est de
libérer le peuple népalais du joug des rapports sociaux semi-féodaux et
semi-coloniaux. Cela veut dire que le Parti devra diriger la mise sur pied d’un
nouvel État de démocratie populaire. Nous entendons par là une démocratie
significative et une réelle liberté par la classe ouvrière et la paysannerie –
tout le contraire de la fausse démocratie et de l’insignifiante liberté qu’on
connaît dans la grande majorité des pays où règne la « démocratie parlementaire ».
Cette démocratie populaire constituera une première forme de la dictature du
prolétariat, parce qu’elle sera établie sous la direction du prolétariat, à
travers son organisation d’avant-garde. D’autres classes, dont les masses
laborieuses paysannes et petites-bourgeoises, et même certaines sections de la
bourgeoisie nationale qui ne sont pas liées aux intérêts économiques et
politiques impérialistes (aussi longtemps qu’elles pourront être ralliées à la
lutte contre les ennemis principaux de la révolution, i.e. l’impérialisme et le
féodalisme), feront également parti du nouvel État. Il ne s’agira donc pas d’un
État communiste. (La compréhension marxiste du communisme veut de toutes façons
qu’à ce stade du développement de l’humanité, il n’y aura plus d’exploitation
ni d’oppression d’une classe par une autre, ni lutte de classes :
conséquemment, il n’y aura plus besoin d’appareil d’État.)
La période qui suivra la victoire du peuple népalais
et l’accomplissement de la révolution de démocratie nouvelle verra la mise en
place d’un État prêt à défendre, à protéger et à sauvegarder les intérêts
fondamentaux de l’immense majorité de la population. Cet État exclura
nécessairement, en tout premier lieu, la bourgeoisie compradore et la
bourgeoisie bureaucratique qui exercent aujourd’hui le pouvoir d’État, ainsi
que les féodaux comme les grands propriétaires terriens. L’État révolutionnaire
prendra donc la forme d’une dictature démocratique populaire apte à diriger les
transformations sociales et à faire avancer la construction de la nouvelle
société sur de nouvelles bases.
Quelles seront
les fondements de cette nouvelle société ?
La nouvelle économie constituera la base de la société
révolutionnaire.
Le point le plus important à souligner ici, c’est que
cette nouvelle économie sera complètement libéré du contrôle, de la domination
et de l’autorité de l’impérialisme. On mettra fin aux investissements des
monopoles étrangers et des grandes banques ; ceux-ci seront désormais
exclus de l’activité économique. Ainsi, l’impérialisme ne sera plus en mesure
de dicter ses exigences comme il le fait présentement à travers ses
institutions telles la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les
différentes agences de l’ONU ou encore l’Organisation mondiale du commerce.
De plus, toutes les entreprises actuellement propriété
des compradores et des capitalistes-bureaucrates seront expropriées par le
nouvel État sous la direction du parti du prolétariat.
La démocratie populaire va s’acharner à développer une
économie nationale auto-suffisante ; ainsi, les capitalistes locaux qui ne
sont pas liés à l’impérialisme ou au capital étranger seront autorisés à jouer
un certain rôle, dans certaines limites. Cela se poursuivra jusqu’au passage à
l’étape suivante, qui verra la construction d’une société socialiste à travers
une lutte de classes dont on doit s’attendre qu’elle soit encore plus intense
et complexe que celle qui aura prévalu dans l’ancienne société. (L’État, à
cette étape, prendra la forme de la dictature du prolétariat.)
L’activité des secteurs économiques stratégiques,
comme les banques, l’énergie fossile, le commerce extérieur, les céréales,
etc., sera placée sous le contrôle de l’État. La propriété privée en sera
désormais exclue. On développera l’industrialisation dans l’objectif de bâtir
une économie nationale indépendante qui soit en mesure de satisfaire les
besoins fondamentaux de la population et d’assurer le plein emploi.
L’agriculture formera la base de la nouvelle économie, alors que l’industrie en
constituera le pôle dirigeant.
À l’étape de la démocratie nouvelle – i.e. après le
renversement des anciens rapports de production –, la terre sera redistribuée
selon les principes de « la terre à celle ou celui qui la travaille »
et de « la terre à celles et ceux qui en sont dépossédéEs ». L’État
soutiendra fortement la production agricole ; l’éradication de la pauvreté
en milieu rural constituera la préoccupation première de l’État et de
l’ensemble de la société. Parallèlement, la réduction des inégalités de
revenus, par le biais des coopératives agricoles et du renforcement de la
coopération dans tous les domaines de l’activité économique, deviendra un des
principaux objectifs de la nouvelle société. L’agriculture en milieu rural,
dans laquelle plus de 80 % de la population népalaise est actuellement
engagée, constituera la colonne vertébrale de la nouvelle économie.
L’industrialisation en milieu agricole sera encouragée dans le but de
diversifier l’activité économique, de créer de nouvelles opportunités d’emploi
et d’assurer l’indépendance du pays face à l’impérialisme. Durant toute cette
période, aussi bien qu’à l’étape suivante de transformation socialiste, la
révolution népalaise mettra de l’avant le slogan « Faire la révolution et
promouvoir la production ». La lutte de classes se poursuivra, et une
lutte politique et idéologique intense sera menée contre toutes les formes
d’opportunisme et tout ce qui nous écarterait de la voie socialiste.
À cette vue d’ensemble présentée sommairement, il faut
aussi ajouter d’autres questions tout aussi importantes, comme la nécessité de faire
passer le pouvoir aux mains des paysannes et paysans pauvres – ceux et celles qui
autrefois étaient sans terre et qui étaient exploitéEs jusqu’à l’os –
ainsi qu’aux esclaves salariéEs et à leurs familles – les
« intouchables » ou les Dalits, comme on les appelle au Népal. Le renforcement
de l’autonomie des ouvrières et des paysannes, ainsi que la réduction des
disparités régionales, sont également deux tâches vitales pour la construction
d’un nouveau Népal. (On pourra traiter ces questions plus longuement,
éventuellement.)
La révolution
népalaise pourra-t-elle garder son élan et se maintenir ?
Le PCN(maoïste) évalue qu’il y a de fortes chances que
l’impérialisme – principalement U.S. – et l’expansionnisme indien
interviennent pour tenter d’écraser la révolution. La conception du monde
véhiculée par le Parti n’est aucunement isolationniste. Conjointement avec d’autres
partis authentiquement prolétariens en Asie du Sud (en Inde, au Pakistan, au
Bangladesh, au Bhoutan et au Sri Lanka), le PCN(maoïste) a contribué à forger
un front uni révolutionnaire internationaliste dans la région. Il l’a fait non
seulement pour des raisons pratiques liées à la défense de la révolution au
Népal, mais aussi parce qu’il croit que c’est là une excellente façon d’assumer
ses tâches internationalistes face au reste du mouvement communiste. Cela
découle de sa conception du monde internationaliste prolétarienne. De fait, le
PCN(maoïste) se considère comme étant un détachement du prolétariat mondial. Il
n’y a pas de place au sein du Parti pour le nationalisme et le chauvinisme. Même
s’il considère que l’avènement d’une société communiste, sans classes, ne
pourra se produire sans que l’ensemble de l’humanité soit arrivée à ce stade,
la construction du socialisme dans un seul pays est néanmoins possible, compte
tenu du développement inégal ; c’est là la route que nous devons
emprunter. Il s’agit là d’une thèse de Lénine. S’emparer de cette thèse et
construire le socialisme dans un pays donné n’équivaut aucunement à un point de
vue isolationniste : négliger de construire le socialisme après le
renversement de la vieille société équivaudrait à une capitulation face au
capitalisme et à l’impérialisme et à une attitude liquidationniste sur le plan
idéologique.
Pendant trop longtemps, les révisionnistes – qu’il s’agisse
des anciens révisionnistes soviétiques et des trotskistes ou encore des
nouveaux révisionnistes (allant des guévaristes aux « euro-communistes »
en passant par les partisans de Deng Xiaoping) – ont hurlé avec les loups
contre les révolutions dirigées par les maoïstes, en laissant entendre que le
maoïsme était désormais dépassé. Mais voyez ce qui se développe aujourd’hui !
La résistance et la seule alternative réelles au monde
actuellement dominé par l’impérialisme U.S. sont assumées et dirigées par des
partis prolétariens guidés par le maoïsme.
Nutan Sharma
Front révolutionnaire anti-impérialiste, Népal