27 janvier
2003-Service de presse de AWTW
Le Conseil
de Sécurité des Nations Unies empêchera-t-il Bush de déclencher une guerre de
destruction massive contre l’Irak ? La réponse brève est non.
Les
Inspecteurs de l’ONU ont remis le 27 janvier un rapport sur leurs découvertes
après deux mois de ratissage des dispositifs militaires, laboratoires,
domiciles privés, mosquées et fermes d’élevage de poulets en Irak. En guise de
« canon fumant », ils n’ont trouvé que onze vieilles ogives chimiques
vides. Saddam Hussein avait laissé les inspecteurs aller où ils voulaient et
parler à qui ils voulaient. Tout ce que Hans Blix l’inspecteur en chef en
matière d’armes biologiques et chimiques a pu rassembler contre l’Irak dans son
rapport, est que l’Irak n’avait pas fait preuve d‘une « entière
transparence » en ne remettant pas d’information sur des armes que l’Irak
affirmait ne pas détenir, armes dont Blix et ses hommes n’ont pas trouvé trace.
Mohammed ElBaradei, collègue de Blix, et inspecteur en chef en matière d’armes
atomiques, a conclu que l’Irak ne possédait pas de programme d’armes
nucléaires. Quand le rapport a été divulgué, les cercles qui gravitent autour
de Bush, furieux, s’en sont pris à l’équipe de l’ONU, les traitant de «
soit-disants » inspecteurs comme si ils cachaient eux-mêmes des armes
irakiennes dans leurs manches. Plus tard la Maison Blanche a résolu de
s’accommoder de la situation. Si l’on n’a rien trouvé, a-t-elle avancé (et Blix
opinait sur un ton pleurnichard), c’est que l’Irak cache quelque chose. Il
s’agit là d’une nouvelle faille dans les critères de la légalité, même pour les
USA où des gens sont régulièrement envoyés à la mort sur de fausses preuves,
comme vient de le reconnaître. le gouverneur de l’Illinois.
L’ONU a finalement accepté de fixer le 24 février comme
date de remise du nouveau rapport des inspecteurs. Mais ce qu’ils peuvent
trouver n’a pas importance et n’en a jamais eu aucune. Colin Powell, l’homme
qui passe pour être celui de ses conseillers et complices de Bush qui serait le
plus « raisonnable » a déjà prononcé le
verdict : « Les inspections, ça ne marchera pas ».
Ce qui est absolument exact –les inspections « ça ne
marchera pas » dans le sens où elles ne rempliront pas l’objectif
américain en Irak, c’est à dire ce que Bush appelle « changement de
régime », en d’autres termes le remplacement de Saddam Hussein par une
marionnette plus docile ou par le Général US Timmy Franks en personne.
L’objectif des USA est d’installer un pouvoir direct sur l’Irak ressemblant à
ce qu’avait imposé la Grande Bretagne à l’Inde. C’est là le dessein politique
de cette guerre- l’issue recherchée- qu’on connaît depuis que Bush a annoncé
ses intentions. La presse américaine parle sérieusement de faire stationner 100
000 soldats US en Irak dans un proche avenir.
Mais d’une certaine façon les inspecteurs et le processus
onusien, « ça a marché » dans la mesure où les USA ont pu ainsi
prétendre qu’ils se sont efforcés de résoudre le problème par des moyens
pacifiques, et tout cela sans que le moindre obstacle soit placé sur le sentier
meurtrier de Bush. Les Européens les plus hostiles à Bush en paroles, la France
et L’Allemagne, n’ont absolument rien fait pour empêcher cette guerre et ont
fait tout ce qui est possible pour perpétuer toute la mascarade onusienne.
Quand les uSA ont pour la première fois soumis au Conseil
de Sécurité la résolution qui envoyait les inspecteurs en Irak, la France au
début a refusé de s’engager dans ce processus. La France expliquait alors que
la résolution était une manœuvre car elle pouvait facilement être interprétée
comme une autorisation donnée aux USA pour déclencher la guerre quand ils le
voulaient. La France a argumenté que les USA ne pourraient pas faire ce qui
leur chantait uniquement dans le cas où
la résolution stipulerait la nécessité d’un second vote de l’ONU avant
que les Etats Unis soient autorisés à agir à leur guise. Mais la France et
l’Allemagne ont fini par accepter la résolution 1441 de toutes façons. Maintenant,
comme prévu, Bush prétend que la Résolution 1441 suffit aux USA pour partir en
guerre. Résultat, la France et l’Allemagne menacent de s’opposer à une seconde
résolution autorisant explicitement la guerre alors que les partisans de Bush
ont annoncé qu’une telle résolution ne les intéressait pas.
La résolution 1441, votée par tous le membres du Conseil
de Sécurité, approuve le principe de base de Bush, principe selon lequel les
nations du Tiers Monde comme l’Irak n’ont aucun droit que les puissances impérialistes
soient tenues de respecter.
Elle a dépouillé d’Irak de toute souveraineté nationale.
Elle a accepté comme point de départ, l’énorme mensonge selon lequel Saddam Hussein serait une plus
grande menace pour le peuple de son pays, pour la région et pour le monde que
Bush et les autres grandes puissances elles-mêmes (y compris le très servile
ami de Bush Ariel Sharon, ce « grand homme de paix » comme l’appelle
Bush). « Tous les Européens pensent que Saddam Hussein doit être désarmé ».
Le chef de la politique étrangère de l’Union Européenne, Javier Solanas a
déclaré le 26 janvier : « La position de l’Union Européenne
n’est pas éloignée de la position des Etats Unis » .
Tous les membres permanents du Conseil de Sécurité
possèdent leurs propres arsenal d’armes nucléaires, chimiques, biologiques. Les
Etats Unis ont utillisé leurs armes nucléaires à deux reprises tuant des centaines de milliers de civils à
Hiroshima et Nagasaki. Le 26 janvier, la Maison Blanche a refusé
catégoriquement de s’engager à ne pas
les utiliser contre l’Irak. Les Nations Unies ont néanmoins accepté que ces
puissances puissent décider de quelles armes l’Irak (et par conséquent contre
tout autre petit pays) seront autorisés à posséder. C’est à ce moment-là que
des inspecteurs ont été envoyés afin de bien étaler en public l’art de piétiner
et de bafouer les droits et la dignité nationale de l’Irak.
C’est évidemment au nom de la « souveraineté »
de droit divin et toute-puissante des Etats Unis que Bush n’a jamais donné à
l’ONU et aux pays européens l’occasion d’opposer un veto à la guerre. Tout ce
qu’ils ont pu faire à l’ONU a été d’opposer un veto à une simple résolution.
Mais ils n’ont même pas tellement mis cette possibilité à profit.
Pourquoi ? A des degrés divers les pays européens
sont opposés aux plans de Bush de faire des USA les maîtres absolus au
Moyen-Orient et être ainsi dans une position qui leur permette d’imposer leurs
dictats aux peuples de ces pays et aussi aux pays européens dépendants du
pétrole du Moyen-Orient . Mais ils craignent d’être complètement tenus à
l’écart au moment du partage du butin après la guerre. Ils sont prêts à
négocier pour obtenir la moitié d’une miche plutôt que rien du tout. Un peu
avant le rapport des inspecteurs, le gouvernement américain a une nouvelle fois
averti la France qu’elle courait le risque de se « marginaliser » par
rapport au Moyen-Orient d’après la guerre d’Irak. Si la France avec ses
compagnies FinaElf veut pomper du pétrole en Irak, la seconde réserve mondiale,
elle serait bien avisée de ne pas trop énerver Bush en ce moment. Le même genre
de menaces ont été proférées à l’égard de la Russie (qui risque de perdre
d’énormes sommes d’argent que lui doit Saddam en plus de ses investissements
pétroliers) et même la Chine, qui dispose d’un siège au Conseil de Sécurité et
a ses propres enjeux dans le pétrole irakien bien qu’elle ne soit pas, et loin
s’en faut, membre du club impérialiste. L’enjeu pour les puissances européennes
est bien davantage que simplement l’argent du pétrole. Elles courent le risque
d’être éliminées de l’exploitation du Tiers-Monde partout où les Etats Unis
exerceront un contrôle direct. C’est là une alliance à laquelle on ne peut pas
se permettre de renoncer.
Les proches alliés des USA dans leur « coalition de
volontaires » sont un gang de prédateurs internationaux : le Royaume
Uni, ancienne puissance coloniale en Irak, cherchant à obtenir grâce à une
alliance privilégiée avec les USA ce qu’il n’a pas pu préserver avec ses
propres moyens militaires. L’Espagne, dirigée par l’héritier politique de
l’ex-dictateur fasciste Franco appuyé par les Etats Unis, pays qui prospère de
plus en plus grâce à une pénétration espagnole en Amérique Latine même si elle
dépend des USA pour se livrer au pillage des peuples d’Amérique Latine.
L’Italie, où Berlusconi gouverne avec le parti héritier des fascistes de
Mussolini, a des intérêts historiques et des desseins au Moyen-Orient qui ne
peuvent pas fructifier sans les canons américains.
Mais les opposants européens de Bush ne sont dans leur
conduite pas moins prédateurs que lui. à l’encontre des pays opprimés. Pour
dire les choses telles qu’elles sont, tandis qu’elles parlent de paix elles
facilitent et préparent la guerre.
Il serait très difficile pour Bush de mener cette guerre sans
utiliser l’Allemagne comme base de stationnement de troupes américaines et de
missions aériennes. Mais le Chancelier Schroeder a déclaré intouchables les 60
bases aériennes, bases terrestres et autres dispositifs dont bush dispose en
Allemagne. En réalité, les troupes allemandes ont reçu la mission de
« protéger » les 118 000 soldats américains qui y sont stationnés.
Protéger des manifestations anti-guerre ? L’Allemagne aide aussi d’une
autre façon ; par exemple en affrétant des avions de surveillance militaires
AWAC au-dessus de la Turquie pour couvrir sur les flancs les forces d’invasion
US Elle relaie aussi les USA dans l’occupation en Afghanistan en dehors de
Kaboul, libérant ainsi les USA pour de nouvelles aventures. Le Ministre Vert
des Affaires Etrangères Joska Fisher parle comme s’il s’opposait aux plans de
guerre US mais il fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher les
Allemands d’intervenir là dedans.
Le Président français
Jacques Chirac peut toujours lancer des menaces à propos des résolutions de
l’ONU, il n’en a pas moins avisé ses forces armées de se tenir prêtes pour une
participation éventuelle à la guerre et dépêché le sous-marin Charles de Gaulle
au Moyen Orient pour faciliter une intervention française. Au Conseil de
Sécurité le 27 janvier, Monsieur de
Villepin, ministre français de Affaires Etrangères a déclaré que la question
était de savoir si la guerre contre l’Irak aurait ou non « la
légitimité » de l’appui de l’ONU. Autrement dit, si les USA acceptent de
donner à la France ce que les Américains appellent officiellement « un
siège à la table » quand viendra le temps de dépecer l’Irak, la France
sera prête à s’engager dans le bain de sang.
Regardé sous cet angle, le délai de deux semaines sur lequel les membres du Conseil de Sécurité se sont accordés n’a pas grand chose à voir avec une nouvelle tournée d’inspections mais il s’agit plutôt d’un maquignonnage diplomatique en coulisses pendant que les USA complètent leur dispositif militaire dans le Golfe.